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Dans un article précédent, nous citons le graffiti comme étant l’un des deux parents du street art. Cette forme d’expression, utilisée depuis les grottes de Lascaux, a perduré à travers les siècles pour donner naissance au graffiti moderne dans les années 1960-1970. Si le street art devient un mouvement culturel important ces dernières années, le graffiti (ou graff) est une contre-culture qui est toute aussi importante. Cette expression artistique reste encore mal acceptée par le grand public et les institutions, car illégale par essence et incontrôlable.

À défaut de vous faire aimer le graff, nous vous proposons une série d’articles pour mieux le connaître et le comprendre : les origines de ce courant artistique, son développement, les formes et les techniques…

Commençons ici par le début : qu’est-ce que le graffiti, d’où vient-il et comment a-t-il évolué ? Et surtout, en quoi est-il un art ?

graffiti-grenoble

> Préambule : Il est difficile d’apporter une définition précise du graffiti qui conviendrait à tout le monde. Chaque graffeur/graffeuse ayant une expérience différente en fonction de sa localisation, de l’époque à laquelle il-elle a débuté cette discipline… Malgré des “règles“ non écrites communes et un univers qui a déjà 50 ans d’existence, l’appropriation de cette pratique artistique reste personnelle.

Étant nous-mêmes issus du graffiti (Étien’ a débuté en 1997 et Snek en 2005), notre vision de ce mouvement a évolué au fil des ans, des voyages à l’étranger, des rencontres avec d’autres artistes. Malgré un éloignement de la pratique dans notre activité de peintres, c’est à travers le prisme du graffiti que nous apprécions l’évolution et l’explosion de ce courant artistique ces dernières années.

Nous essayons donc ici de retranscrire la partie historique communément acceptée, mais aussi un lexique pour mieux appréhender les spécificités de ce mouvement. Bonne lecture !

> Pour en savoir plus, consultez notre articles sur Les différents styles du Graffiti

Définition du graffiti

Graffiti : nom masculin (italien graffiti). Inscription ou dessin griffonné par des passants sur un mur, un monument, etc. (Larousse)

Le graffiti tel que nous l’évoquons à notre époque est donc un peu plus qu’une simple inscription griffonnée sur un mur, satirique ou caricaturale, comme il était définit à l’Antiquité. Il est une composante essentielle dans l’émergence du mouvement plus généraliste qu’on appelle aujourd’hui Street Art (voir notre article sur ce sujet).

Tout commence avec le choix d’un pseudonyme (ou blase) : l’activité étant illégale par essence, mieux vaut rester anonyme. Le but du graffeur (ou writer en anglais) étant de marquer son nom le plus possible, de la manière la plus audacieuse qui soit, de s’affirmer auprès de ses pairs.

Le travail des lettres est donc à la base de cette pratique artistique, car très rapidement l’écriture académique de son pseudo ne suffit plus. La déformation des lettres classiques devient la règle, certains faisant en sorte que leur nom devienne illisible pour les profanes. C’est l’apparition d’une nouvelle forme de calligraphie (étymologiquement, c’est l’art de bien former les caractères d’écriture manuscrite, de manière esthétique).

Le tag

Cette signature, qu’on appelle tag, devient vraiment identifiable et personnelle. Chaque writer s’entraîne à développer son propre style de tag, très simple ou au contraire très travaillé. Il peut être réalisé à la bombe de peinture, au marqueur, sur des stickers…

Tags sur store Parisien – 90’s / Photo : © Drips

Le lettrage

Lorsque les murs deviennent remplis de tags et qu’il devient difficile de se faire remarquer parmi les autres, certains ont alors l’idée de réaliser des lettrages : des signatures plus grosses et plus travaillées. L’intérieur des lettres est alors rempli d’une couleur, et un contour extérieur d’une autre couleur vient compléter l’ensemble. Le graffiti moderne est né.

L’évolution est très rapide : les lettres deviennent de plus en plus grandes, les couleurs plus nombreuses et variées, les effets et les fioritures deviennent la règle.

Graffiti-Dondi_Martha-cooper

Lettrage de Dondi – 1980 / Photo : © Martha Cooper

La quantité de tags réalisés est également un facteur important de notoriété : plus le blase est visible, plus cela sous-entend que le graffeur est actif et prend des risques.

Généralement, les graffeurs font partie d’un groupe d’amis qui peignent ensemble (crew en anglais). Certains peuvent être plus attirés par l’aspect vandale, d’autres par des réalisations plus abouties dans des terrains vagues ou des usines désaffectées. Avec le temps et les voyages, des connexions internationales peuvent se faire, et certains crews deviennent mythiques.

La bombe de peinture

L’outil qui est choisi dès le départ de ce mouvement est la bombe de peinture aérosol (spraypaint ou spraycan en anglais). Apparue au tout début des années 50, l’usage d’origine de cet objet est ici détourné pour une application artistique différente.

Les grandes marques américaines de l’époque qui vendent des sprays sont Rust-Oleum et Krylon. Peu encombrant, pratique, proposant de nombreuses couleurs et permettant de peindre sur tout type de support, ce médium est préféré à la peinture acrylique et aux pinceaux, et devient le symbole du mouvement naissant.

Le graffiti se définit d’ailleurs comme une peinture murale réalisée à l’aérosol (même si certaines peintures vandales sont réalisées à la peinture acrylique pour couvrir plus de surface).

Exemples de bombes de peintures – 80’s / Photo: ©WorthPoint

L’outil en lui-même a peu changé depuis l’origine, le fonctionnement et le conditionnement de 400 ml étant identiques. La grosse avancée des bombes de peinture réside dans la composition des peintures (moins toxiques et plus résistantes), mais aussi dans l’évolution des buses (ou caps), qui sont devenues de plus en plus précises et polyvalentes.

De tout temps, la bombe est un motif privilégié par les graffeurs, qui mettent en avant le médium qui leur permet de s’exprimer.

caps bombe de peinture

Exemples de caps récents.

Naissance et évolution

Ce mouvement artistique a vu le jour sur la côte Est des États-Unis entre 1960 et 1970. 
Pour certains, le graff nait à Philadelphie : Cornbread recouvre la ville de déclarations d’amour à une femme à l’aide de bombes aérosols.

Pour d’autres, il apparaît d’abord à New-York : les jeunes des ghettos New-Yorkais marquent leur territoire à travers des tags, qui sont rapidement devenus de grands lettrages réalisés à la bombe aérosol sur les murs de la ville et sur le métro !

Les graffeurs new-yorkais vont rapidement élever le niveau technique des réalisations, en ajoutant des effets 3D et des ombres, en déformant et travaillant les lettres à l’infini, en jouant avec les couleurs et les dégradés, en réalisant des personnages, des décors et des fresques murales pour composer de véritables tableaux urbains. Le graff se développe avec le hip-hop : les deux sont liés puisqu’ils viennent des mêmes quartiers à la même période. Et bien souvent les writers sont aussi MC, DJ ou danseurs.

Le graff évolue au fil des années et va s’établir comme un véritable contre-courant artistique. Les pionniers qui recouvraient les métros new-yorkais deviennent avec le temps des artistes internationalement reconnus : Quik, Seen, Futura 2000, Taki 183, etc. Ils exposent leurs styles dans des galeries dès le début des années 1980 et propulsent ce mouvement underground et décrié vers le monde de l’art.

Les photographes Martha Cooper et Henry Chalfant jouent également un rôle très important dans la diffusion de ce phénomène naissant : armés de leurs appareils photo, ils suivent les writers de New-York dans leurs réalisations illégales et effectuent un véritable travail de documentation de ce mouvement. Leurs travaux seront publiés dans le livre “Subway Art“ en 1984, considéré dès sa sortie comme la Bible du graffiti. L’ouvrage montre que le graff est un mouvement à part entière, avec ses techniques, ses codes, ses règles non écrites, ses différents styles, son côté subversif, ses inspirations empruntées à la bande dessinée et au pop art.

Les gangs, le mouvement hip-hop, les punks, les étudiants en arts appliqués et les artistes modernes de toute la planète s’emparent des codes et techniques du graffiti et les développent pour exprimer leur créativité sur les murs et les wagons des villes avec un outil unique : la bombe de peinture aérosol.

Lady Pink on train – 1982 / © Martha Cooper

Subway Art – 1984 / © Martha Cooper

Le graffiti, art contestataire

À New-York, c’est toute la culture hip-hop qui voit le jour au début-milieu des années 70 : musique, chant, danse et peinture. À Harlem, dans le Queens, dans le Bronx ou à Brooklyn, l’émulation autour de cette contre-culture émergente est d’autant plus forte que la crise fiscale, les inégalités sociales, la pauvreté et les guerres des gangs sont importantes. Le hip-hop vient de ces ghettos : c’est un courant créatif contestataire porté par la jeunesse noire et portoricaine. Ces jeunes expriment leur quotidien et parfois leurs revendications à travers un ensemble de disciplines artistiques dont ils établissent eux-mêmes les bases. C’est la définition d’une contre-culture : un courant culturel alternatif qui se développe en opposition à la culture dominante.

Le graffiti nait dans ce contexte. Les jeunes font savoir sur les murs de la ville qu’ils existent et qu’ils ont des choses à exprimer. Ils veulent tellement le montrer qu’ils vont commencer à graffer sur le métro, en grande partie aérien : les graffs de chaque writer sont visibles dans toute la ville ! Et à travers ces peintures mobiles, leurs auteurs ont le sentiment de reconnaissance qu’ils recherchent.

La pratique du graffiti, comme tous les courants de la culture hip-hop, se répand à travers la ville et le continent Américain. Si certains graffeurs expriment un sentiment de contestations, de revendications sociales ou de dénonciations du racisme, la plupart cherchent à s’affirmer et se sentir considérés par leurs pairs.

C’est un moyen d’expression, de reconnaissance et de revendication. Et c’est bien ces caractéristiques qui vont le rendre populaire et faire qu’il se propage sur la planète : cette nouvelle pratique est accessible à toutes et tous, elle permet de peindre en grand format, d’illustrer un message, de le montrer sans autorisation à des spectateurs qui n’ont pas choisi de le voir.

À partir de là, nous l’avons dit plus haut, les jeunes de différents milieux sociaux et de différentes cultures (hip-hop, punk, étudiants en art, etc.) vont s’en emparer pour réaliser des lettrages, des décors, des personnages ou des œuvres abstraites de plus en plus élaborées. Le graff se perfectionne et certains de leurs auteurs deviennent de véritables artistes.

Street play – 1978 / © Martha Cooper

Breakdancers – Subway Art – 1984 / © Martha Cooper

Les pionniers du graffiti

Pour en savoir plus sur les pionniers du graffiti New-Yorkais, lisez “Subway Art“ ou “Spraycan Art“ ! Pour la France, c’est le livre “Paris Tonkar“ qui fait référence pour les années fin 80/début 90.

On vous livre quand même quelques blases de graffeurs qui étaient parmi les premiers à œuvrer au début des années 80 à New-York : Dondi, Revolt, Taki 183, Julio 204, Cope 2, Cano, Phase 2, JonOne, Quik, Futura 2000, Seen, SJK 171, Mike 171…

Les œuvres peuvent sembler moins élaborées que celles que l’on voit aujourd’hui, mais les bases sont posées et restent malgré tout d’actualité.

Subway Art (réédition) / © Martha Cooper et Henry Chalfant

Le graffiti est-il un art ?

Nombre de citoyens restent circonspects face aux tags et au graffs qui recouvrent les stores, les wagons de métro ou de train, les murs des villes. Beaucoup ne comprennent pas la démarche des graffeurs, qui prennent des risques pour apposer leur nom de manière illégale dans des couleurs vives ou en chrome et noir. Pourtant, si l’on considère qu’un art est une pratique qui regroupe un ensemble de connaissances et de règles d’actions, alors le graffiti en est un. Il existe depuis plus de cinquante ans et comporte ses techniques, ses codes, ses modes opératoires, sa culture, et ses outils.

Le graff constitue en outre une forme d’expression et de rébellion qui touche les sens et les émotions des spectateurs : humour, colère, joie, beauté, incompréhension, etc. sont illustrés par les writers et ressentis par le public. Qu’on le comprenne ou non, chaque peinture a un but, s’adresse à un public. L’œuvre est réalisée selon une méthodologie précise qui a évolué depuis sa naissance dans les années 1970 dans les ghettos de New-York.

Aujourd’hui, alors que le mouvement est toujours en évolution et en expansion au niveau mondial, une partie des artistes a évolué vers le milieu de l’art contemporain. La reconnaissance de graffeurs renommés lors de ventes aux enchères ces dernières années donne la preuve que ce mouvement artistique est loin d’être éphémère. Au contraire, il est très présent dans les rues et dans les galeries d’art depuis des décennies. Ce sont les deux faces d’une même pièce, les frontières entre ces deux univers très différents étant poreuses.

Différents graffitis récents / © 1Up – Does – Mad C – Sofles

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